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mardi 4 décembre 2012

Idoles d'aujourd'hui et Dieux d'hier

Je vais peut être enfoncer des portes ouvertes mais je me lance...

J'ai retrouvé cette après midi une vieille play list. Voilà comme je me suis retrouvée à hurler en cadence COMME ELLE VIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEENNNNNNNNNNNNNNNNNNT ENCORE ET ENCORE... hem... désolée.

Je n'ai pas boudé mon plaisir en écoutant quelques vieux morceaux du désormais défunt Noir Désir et sur ma banquette de métro je me suis refait le film de leur (notre ?) histoire. Je suis évidemment arrivée à ce qu'on appelle pudiquement "l'affaire de Vilnius", que perso je préfère appeler "la mort de Marie Trintignant" parce qu'il faut appeler un chat un chat. Je n'ai jamais réussi à me faire un avis là dessus ce qui tombe très bien car on ne me le demande pas. Les juges sont là pour juger, pas moi.

Mais ce qui me frappe c'est le fait qu'à l'époque tout le monde avait un avis. Et presque 10 ans après, les choses n'ont pas changées, vu qu'un Paris Match vient d'être au cœur d'un jugement de justice pour avoir parlé de la violence de Bertrand  Cantat.

Alors oui il faut parler des violences conjugales des 192 meurtres conjugaux  enregistrés en 2007 (par exemple) mais pourquoi en parler là? Est-ce parce qu'ils étaient célèbres ? Et comment en est-on venu à mélanger leurs arts respectifs à tout ça.

Tandis que j'écoutais ces quelques chansons je me suis fait la remarque qu'on n'a jamais demandé à Beethoven d'être sympathique. On a jamais demandé à Bacon d'être le parfait concubin, ni à Tolstoï d'être quelqu'un de bien. Pourquoi le demande-t-on maintenant aux artistes d'aujourd'hui ? Pourquoi ce qu'on accepte des génies d'hier, on ne l'accepte plus chez les artistes d'aujourd'hui ? Et pourquoi ça n’entravait pas les carrières d'alors tandis que ça détruit celles d'aujourd'hui ?

Attention la question n'est pas de savoir si c'est bien ou mal ! Je ne dis pas qu'il faut fermer les yeux sur tout au nom de l'art. Je ne sais pas si cette évolution est bonne ou mauvaise, mais je me demande juste pourquoi elle a lieu et comment elle fonctionne.

Je me suis demandé si c'était parce que nos société étaient de plus en plus sures et confortables qu'on voulait des artistes eux même sains et que l'on peut idolâtrer sans risque. Dans un monde propre on veut des rêves propres. Ou à peut prêt...

Une autre de mes idées était que l'on demande aux stars d'aujourd'hui ce que l'on demandait aux dieux d'hier. La foi a clairement changée et l'image d'un dieu parfait a un peu disparue. N'aurait-on pas tout simplement remplacé celui-ci par de simples mortels . Un peu comme si on demandait aux stars de devenir notre nouvel idéal, rôle que le groupe Noir Désir a joué à plein à ses débuts. En effet on a souvent dit que les paparazzis tenaient, avec la mort de Marie Trintignant, leur vengeance face à un groupe qui avait toujours refusé de se compromettre avec ce système. D'autant plus que ce refus se faisait au nom de valeurs et d'un idéal qui ont plu (et à raison !!!) à toute une génération.

A vouloir un groupe "pure" on en a oublié qu'ils n'étaient que des humains.

Mais on a oublié également que nos Dieux d'hier n'étaient pas si purs. On a glorifié au cours des derniers siècles le Dieu d'amour et choisi d'oublier le Dieu colérique qui a noyé la terre. On a oublié que Socrates a été condamné pour avoir simplement fait remarquer que les Dieux étaient immoraux, parce que la société athénienne ne pouvait admettre qu'un Dieu ait un devoir de moralité.Un Dieu est, et c'est tout.
Pourquoi avons nous besoin de les moraliser et de les rechercher à travers des mortels ? Pour nous persuader que nous pouvons être des Dieux ou pour nous persuader qu'on peut être parfaits ? Peut être tenons nous là notre malédiction moderne, nous qui voulons sans cesse nous améliorer, battre nos records nager plus vite, être meilleur manager, allaiter plus longtemps, cumuler les rôles et vivre plus vieux. Vouloir toujours plus et être toujours meilleurs n'est-ce pas notre manière à nous de gravir les marches de la tour de Babel pour nous rapprocher des Dieux d'hier ?

Alors ce soir je ne demanderai pas plus à Noir Désir qu'à Christopher Marlow et je réécouterai encore une fois ces beaux morceaux. Sans rien ajouter, sans rien rechercher et sans rien demander.





vendredi 28 septembre 2012

Pour une poignée de mètres carrés de peinture...



Si ce n'est toi...
 C'est donc ta soeur !



J'avoue que l'idée que la Joconde ait une sœur est des plus séduisantes. Et cela n'a absolument rien à voir avec le fait que Léonard de Vinci est dans mon panthéon artistique personnel, mon top 5 des peintres. Rien à voir.

M'acheter un tableau de maître est l'un de mes vieux fantasmes. J'écris "fantasme" car même si je gagnais à l'euro million, même si j'épousais Bernard Arnaud, cela resterait un rêve que je ne réaliserais pas. A l'idée de pouvoir m'acheter le tableau que je veux (et en tête de liste figurerais probablement La Vierge Sainte Anne et l'enfant Jésus) je ressens deux idées, deux sentiments contraires.

Tout d'abord je frétille de joie à l'idée d'avoir un élément surhumain chez moi. Je m'explique : pour moi il y a les choses de tout les jours que l'on aime ou pas. Il y a les chansons que j'écoute avec plaisir, les photos que je trouve jolies, les phrasés qui me plaisent. Des artistes qui me touchent et font ma joie. Ils sont à ce niveau là _____ (si on estime que moi je me situe sur la ligne d'en dessous). Et puis parfois notre chemin croise la route de "surhumain". Eux, ils sont à ce niveau là               (et je mets le niveau le plus haut que j'ai trouvé). Leur œuvre semble dépasser l'humain. Alors je sais que l'idée d'humain surhumain a quelque chose de nauséabond, qu'elle a servi des pensées pas très belles, mais quand j'entends l'Ode à la joie ou quand je regarde Le Printemps de Botticelli, j'avoue penser que leur créateur et moi ne sommes pas du même monde. Ils naviguent à un niveau que je n'atteindrai jamais. Quand je croise leurs œuvres, souvent j'ai envie de pleurer (et je parle au sens propre) tellement elles dégagent de puissance ("puissance" est le meilleur mot que je trouve).
Je ne sais si ils viennent de Krypton mais la météore qu'ils m'envoient me terrasse aussi surement que de la Kryptonite terrasse Superman.

Allez pour le plaisir...


Non décidément je ne m'en lasse pas et l'idée de pouvoir rentrer chez moi le soir et le contempler aussi longtemps que je le veux, me rend déjà toute chose.

Et pourtant...

Je me revois, petite, dire "plus tard je voudrais être riche et m'acheter ce tableau". Mais on me fit immédiatement remarquer qu'avoir un tel tableau est très chouette, mais qu'il faut bien plus de moyens pour le conserver que pour l'acheter. En effet un tel tableau ne s'accroche pas simplement au mur, il faut la pièce qui va avec, l'alarme, l'assurance, faire face à la curiosité de tous etc... Bref beaucoup d'ennuis quand on pense qu'une entrée au Louvre coûte 11 euros (ça a sacrément augmenté !). J'avoue que déjà, je suis un peu beaucoup refroidie à l'idée d'avoir mon tableau dans mon bureau.

Et puis, par définition cela sous-entend que personne ne le voit. L'idée qu'il n'y ait qu'un seul "Vierge Sainte Anne et l'enfant Jésus" et que j'en prive la terre entière me met vraiment mal à l'aise. J'ai une merveille unique au monde et j'en prive 7 milliards d'êtres humains. Au bébé qui naît, je dis "hé hé... jamais de ta vie tu ne le verras, c'est le mien". Je sais que sur 7 milliards d'être humains un nombre important n'en a rien à faire et un nombre tout aussi important ne sait même pas que ce tableau existe. Mais rien à faire, un tel pouvoir de nuisance me met vraiment mal à l'aise. Histoire de gagner mon point Godwin ce soir, je dirais que je me sens comme l’Hitler de l'histoire de l'art.

Allez je fais une pause en vous illustrant le principe du point Godwin :




Et enfin last but not least je rendrai hommage à notre point fort national : mon tableau chéri serait-il aussi beau sans le bruit du parquet qui craque ? Sans les escaliers en marbre ? Sans les costumes des gardiens ? On peut penser ce que l'on veut de la France mais au moins on sait créer des lieux qui mettent en valeurs ce genre de trésor et qui participent directement au plaisir qu'on a à les voir. Alors oui je râlerai sur le nombre de touristes devant la Joconde, oui l'éclairage crée parfois des reflets lumineux POURRIS sur de magnifiques toiles au vernis ancien. Mais il reste que la visite au musée fait parti du plaisir. Ce n'est pas Moussorgski qui dira le contraire. Sauf au musée du Luxembourg qui à l'art de faire des expositions passionnantes avec des tableaux extrêmement rares mais qui n'a absolument pas la place d’accueillir des visiteurs.

Voilà pourquoi je n'achèterai pas La Joconde. De plus c'est loin d'être mon préféré.

Sa sœur en revanche... est magnifique. Un peu trop même. Il y a un je ne sais quoi en elle de plus sexy que sa sœur, de plus séduisant. Peut être le rouge à lèvre ou le bas du visage plus affiné, je ne sais pas. Du coup elle a un côté un peu plus vénéneux. Elle est très belle, elle est inquiétante, je l’aime beaucoup. Mais son côté "nymphette" me gène un peu (chez De Vinci, il y a tout sauf des nymphettes). Et puis le décor à l'arrière est moins riche et nous fait moins voyager.

Non décidément les sœurs Joconde ne sont pas pour moi.

PS : Je termine en disant que je pensais juste faire un petit post de rien du tout pour signaler l'évènement. C'est loupé. Mais la prochaine fois, promis, je retrouve Arnaud et Audrey pour parler de l'utilité de chacun dans notre société. Si si vous allez voir...


vendredi 31 août 2012

Un peu de flou dans ce monde de brutes...

Je me souviens d'un livre lu petite avec un personnage qui s'appelait Catherine Certitude. Celle-ci avait des lunettes et aimait les enlever de temps en temps pour voir le monde plus flou, plus doux.

Pendant longtemps j'ai voulu des lunettes et je pense que Catherine Certitude n'y était pas étrangère.

En voyant l'expo Gerhard Richter il va sans dire que c'est à elle que j'ai pensé.

J'ai rencontré ce peintre à la fac et à l'époque j'avais adoré ses peintures. Pour moi elles illustraient l'une des missions dans laquelle peut se lancer un artiste : rendre les choses plus belles. Une table, une bougie devenaient exceptionnellement belles avec lui.
Alors je sais bien que ce n'est pas sa démarche. Je sais bien que son histoire n'est pas belle et que quand il peint son oncle en uniforme nazi et sa tante victime de ces même nazi, c'est de la pourriture qu'il peint, car il y a quelque chose de pourri au royaume dans lequel est apparu Richter. Mais quand même, je trouve que son flou entoure tout cela d'une manière très douce et très belle. Pour moi c'est un peu comme si une sorte de compassion avait pris forme physique.



Il va donc sans dire que j'aime ses tableaux.

Néanmoins certains ont suscité mon admiration plus que d'autre.
Il se trouve que je suis une jeune maman. Comme c'est la mode, durant ma grossesse on s'est demandé si nous aussi allions immortalisé cette période si particulière avec des séances photos. Rebelotte lors de la naissance de mon enfant et notamment lors des tétées. Ça ne s'est pas fait principalement parce qu' aucune des photos de photographe vues à l'époque ne traduisait ce qui se passait et qu'il est très difficile de saisir ce temps à la fois suspendu et éphémère. Mais quand j'ai vu les tableaux de sa femme avec son enfant, j'ai senti que c'était ça que j'attendais et que rien de ce que je n'avais vu jusque là ne traduisait aussi bien ce genre de sensations et de moments.


Ces tableaux faisaient la synthèse de mes émotions d'alors et de toutes les émotions que l'on peut ressentir en voyant une nativité ou tout autre tableau du même type. Il réussissait à la fois a convoquer l'universel et mon singulier. J'ai aimé. J'ai apprécié ce tour de force.



Avec ce flou si doux, chaque chose peinte prend une dimension plus forte mais pas plus brutale. Une voiture qui roule va plus vite, un ciel nuageux est plus menaçant, une femme nue est plus sensuelle, une morte est plus morte. En diluant ses sujets dans le flou Gerhard Richter en retrouve l'essence. Et l'on dépasse alors la simple douceur évoquée au début.

Richter a peint d'autre tableau avec d'autres techniques dans un style très différents. Je les aime aussi beaucoup mais pour des raison très différentes. Je n'en parlerai donc pas ici.

Je doute que vous verrez cette expo car j'écris ce billet bien tard et celle-ci fini le 4 septembre. Mais si un jour vous voyez Richter courrez-y. Toute la douceur et la force du monde vous y attend.

http://www.centrepompidou.fr : expo Gerhard Richter